Parfois, quand la pluie commence à tomber, le monde semble s’arrêter, la terre tourne au ralenti, seul l’homme continue de courir. Ce matin, j’ai ouvert les rideaux et le soleil était absent, le jour n’avait dénié se lever. Une pluie fine et constante, l’humidité étouffait déjà l’air d’une lourde journée à venir. Ce matin, nous l’avons rapidement décidé, nous n’irions pas au bateau. Ainsi, il m’est venu en tête que je pourrai écrire, profiter du temps qui s’arrête pour m’immerger dans les mots. Pourtant tout comme la terre, quand il pleut, je tourne alors au ralenti. Les phrases qui auraient pu être si vives dans mon esprit il y a quelque jours de ça, ont disparu. Les envies de livres, de films, d’heures et de liberté ont disparu. J’ai alors enchainé cigarettes et cafés et j’ai laissé filé sous mes doigts le temps que j’avais pourtant tant espérer. A croire que quand il vient enfin à moi, je lui tourne le dos, peut être par peur d’en faire mauvais usage puisque le temps, de nos jours, se doit d’être rentable. Et inlassablement dans ma tête, ses voyages dont je semble avoir le devoir de raconter, comme un devoir du souvenir, parfois pesant. Ses pays qui s’absentent les uns après les autres, ses aventures qui restent sous silence. Et la liste qui s’allonge de jour en jour ne me donne qu’une envie… c’est de ne pas écrire. Quand je m’affaire au bateau, dans le jardin en Australie, quand mes mains habituées laissent libre cours à mon esprit, des dizaines d’articles s’écrivent dans ma tête. Je repense à des histoires, invente des titres, trouvent des idées, un début, une fin mais rarement de milieu. A croire qu’il est plus facile d’introduire ou de conclure une idée que de simplement l’expliquer. Tout comme ce début d’article qui ne mène nulle part et maintenant, comme l’obligation de trouver un sujet, une ligne conductrice alors que l’envie finalement est de placer des mots et laisser mon esprit guider mes doigts sur le clavier.

L’infatigable Ho Chi Min, incroyable Vietnam

J’ai quitté pour un temps l’Australie il y a un mois de ça. Je suis partie pour le Vietnam, passée par la Corée avant de revenir en Malaisie, Langkawi plus précisément, là où je suis actuellement. Les dates s’étaient d’elles mêmes accommodées les unes aux autres, le mariage d’une amie fin octobre puis l’arrivée de Maman en Coréee dix jours après et enfin, le retour de Scott sur Argo, mon cher voilier, mi novembre. Il n’y avait donc pas à réfléchir, simplement prendre les billets de ce qui allait être ma troisième virée en Asie depuis que je suis partie. Le 20 octobre, j’ai donc quitté Dubbo, j’ai dis au revoir à ma famille Australienne et me suis laissée guider par les évènements. Si je n’avais pas été malade dès mon arrivée au Vietnam, il n’y aurait pas eu plus simple voyage mais à croire qu’une petite touche de difficulté devait aller pourtant de soi. J’avais de base prévu de partir quelques jours sur le Delta du Mékong après les festivités mais mon corps a refusé l’expédition et je lui ai en échange rendu la vie encore plus difficile. De plus, étant vraiment bien entourée à Ho Chi Minh, l’idée de continuer les festivités et profiter d’un élan de jeunesse après tant de temps en famille me semblait tout à fait approprié. Les premiers jours à Ho Chi Minh allèrent des préparatifs aux soirées, d’achats nécessaires pour le mariage à la vie nocturne quoi que je n’ais pas pu tant en profiter. Après des journées à presque flâner au soleil en Australie sans autre horaire que celui de mon café du matin et les repas en famille le soir, j’avais l’impression d’avoir un emploi du temps de ministre, quoi que j’imagine que le plus insignifiants des ministres auraient rêvé d’être à ma place. Puis le mariage est arrivé. L’exotisme du Vietnam, l’émotion de voir une amie se marier, les discours qui glissent au coin de certains yeux des larmes, les danses frénétiques sur des musiques des années 80 ou autres clichés du genre avec des amis du lycée, les pieds pleins de boue, les âges et les cultures qui se mélangent.

Mariage de Diana à Ho Chi Minh au Vietnam par marie M   Mariage de Diana à Ho Chi Minh au Vietnam par marie M

Ce fut un beau moment, un souvenir superbe qui mériterait d’être mieux raconté. Ce fut une occasion parfaite pour retrouver des personnes que l’on n’aurait pas pensé revoir et les redécouvrir dans un cadre superbe, loin de la France, loin de nos habitudes passées, pour un événement marquant. Pour nous tous, Diana était la première et on n’aurait peut être jamais pu l’imaginer. On ne la remerciera pourtant jamais assez, de l’organisation hallucinante à l’occasion qu’aura créé leur mariage… Diana et Hubert vous avez été parfaits, merci mille fois ! Ce fut aussi l’opportunité de découvrir Ho Chi Minh quoi que plus de nuit que de jour.

Les rues d'Ho Chi Minh au Vietnam par Marie M

 Les rues d'Ho Chi Minh au Vietnam par Marie M     Les rues d'Ho Chi Minh au Vietnam par Marie M

Une ville qui vibre sous le flux incessant des scooters, des stands de street food et des marchés puis quand vient la nuit, l’obscurité ne l’arrête pas, la vie nocturne prend alors le relais. A chaque soir son occasion, ses restaurants, le bas prix de la vie semble nous rendre riche et presque sans limite alors on en profite et multiplie les souvenirs. Ce passage au Vietnam, ce fut une parenthèse dans mon voyage, comme une longue soirée dont on ne revient qu’au petit jour, exténué mais heureux. Le temps d’une grosse semaine j’ai laissé sac à dos, boulot dans les fermes et autres préoccupations pour me laisser aller à la fête, de celle qui ne s’arrête jamais.

Excentrique Séoul, douce Corée

Après 10 jours de frénésie intense, il était alors le temps du repos familial, celui que j’attendais depuis un an, le rendez vous de fin octobre ! Après la Nouvelle Zélande, nous nous sommes retrouvés en Corée et cette année nous n’étions plus 4 mais 5 quoi que 4 et demi si l’on parle de taille et 6 si on parle de d’attention car finalement nous n’avions d’yeux que pour elle ou presque. Après un mariage, j’avais la chance de venir rencontrer Pauline, une nouvelle petite nièce de 2 presque 3 mois. Un tout petit être adorable même si finalement je reste toujours aussi intimidée face à la fragilité de la vie. Plus que des vacances en famille, c’était pour maman et moi, le privilège de passer d’une temps avec elle, avec cette nouvelle famille quoi que officiellement créé il y a 5 ans de ça.

vendeur à Séoul en Corée par marie M    Street food à Séoul en Corée par marie M

La première semaine en Corée fut un mélange de balade dans l’incroyable Séoul et des moments entre nous dans l’appartement de Patrick et Myong In, loin des devoirs touristiques et simplement plongée dans le plaisir de se retrouver. Puis, c’est tous les cinq que nous sommes partis à la découverte de la Corée. Nous avons quitté le dynamisme incessant de Séoul pour le petit village traditionnel Hahoe près de Andong. Nous avons laissé derrière nous l’excentrisme de la modernité pour le calme et la simplicité des Hanoks. Les feuillages des arbres étaient colorés par l’automne, des couleurs si limpides qu’une lumière semblait s’en dégager. Rouge, jaune, orange, vert, un panel merveilleux qui rendait toute sa beauté aux paysages et accentuait l’harmonie zen des temples et écoles confucéennes.

Village d'Hanoe près de Andong en corée par marie M    la famille au Village d'Hanoe près de Andong en corée par marie M

  Pauline à l'école confucéenne de Dosanseowon près de Andong en Corée par Marie M

l'école confucéenne de Dosanseowon près de Andong en Corée par Marie M    l'école confucéenne de Dosanseowon près de Andong en Corée par Marie M

Un court mais agréable week end en famille accompagné d’un soleil radieux, que demander de plus ? Il fut alors temps pour Patrick, Myong In et Pauline de rentrer et pour Maman et moi de continuer notre périple jusqu’à Gyeongju, une ville au presque Sud de la Corée. Gyeongju est un incontournable, une plongée historique et un aperçu différent de ce que peut être la vie à Séoul. Nous étions loin des buildings, un simple petit centre ville mais toujours autant de vie. Nous n’avons pas arrêté entre balade au milieu des tumulis, dans le temple de Bulgusa, un passage dans le musée et une randonnée bouddhiste sur la Mont Nansam, nous avons profité au maximum de notre passage dans cette ville puis le soir nous rentrions nous reposer dans notre petite auberge. Vétuste mais confortable, Sa Rang Chae était vide et nous avons profité de la tranquillité des lieux pour nous reposer et partager nos éternels soupes et œufs au plat, café le matin, nous étions alors comme à la maison. Malgré la langue et l’impossibilité de comprendre ce que nous lisions, la Corée fut facile à visiter, sans oublier la gentillesse des habitants à notre égard qui ajouta une note sympathique de plus à notre périple.

Temple de Bogosa près de Gyeong Ju en corée par marie M   Mont Nansam près de Gyeong ju en Corée par Marie M

Puis ce fut à nouveau le temps des au revoir. Deux semaines paraissent toujours trop courte, le temps de se retrouver, le temps de profiter mais jamais assez et la frustration de commencer dès la deuxième semaine à compter les jours, les voir filer pour encore faire face à l’absence. Pourtant se retrouver à la même période de l’année a donné à ce voyage un air de rendez vous. Fin octobre, mi novembre, où serons nous l’année prochaine et le nombre sera t-il différent ? L’espoir de réunir un peu plus notre famille loin de la France, de partager avec ceux que l’on aime une passion, une vie de tous les jours, un autre pays. La découverte ensemble ! Partager à cinq un petit bout de Corée, les premières vacances de Pauline, de celles dont elle ne se souviendra jamais mais qu’on lui rappellera, un sourire au lèvre et la joie d’voir été là. Voir aussi Maman devenir pour la troisième fois une grand mère épanouie, les yeux pleins d’amour et cette facilité de l’expérience quand je la vois avec Pauline. Et encore une fois le compte à rebours a été remis à zéro mais cette fois l’attente sera moins longue, il fut alors presque plus facile de dire au revoir, presque ! Malgré le fait que la distance soit notre quotidien, que skype et la technologie effacent parfois les milliers de kilomètres, on sent l’envie de pouvoir se retrouver du jour au lendemain, après un trajet en train, quelques heures de voiture, pour une pause repas le midi. A croire que l’on aime faire les choses compliquées mais cependant j’espère que ces rendez vous d’automne continueront. Peut être encore une fois un nouvel aéroport mais toujours ces sourires à l’arrivée et la simplicité de retrouver ceux qui ont toujours été là et le seront toujours, même discrètement. Une famille évolue, se déforme parfois mais ce qui fait ce que nous sommes le restera et ne demande alors qu’à grandir en nombre et en différence.

Etrange Langkawi, éclectique Malaisie

Et me voilà, prête à mes dernières retrouvailles, celle que je n’attendais dans le fond plus, peur d’un espoir déchu. Me voilà à nouveau en Malaisie, à Langkawi, là où il y a 6 mois de ça j’avais laissé Argo et son capitaine. Parfois, quand on voyage, on fait des choses insensées, prend des décisions à la limite du stupide et de l’incohérence, ma présence ici, c’est un peu près tout ça. J’ai choisi délibérément de retourner sur une petite ile pas forcément paradisiaque quoi que malgré tout très jolie que j’ai déjà visité pour travailler tous les jours ou presque sur un bateau que je ne suis jamais certaine de naviguer à nouveau un jour. Je me réveille tous les jours naturellement à 7h30, prépare le café et environs une heure après on part en scooter pour une bonne heure d’achat de peinture, outils et autre avant de rejoindre Argo pour le reste de la journée. Je n’arrête alors pas ou presque, je passe mes heures à enlever des couches de peinture cumulés depuis près de cinquante sur la coque du voilier. J’ai une tenue de cosmonaute, bleu de travail, masque respiratoire, lunette de protection, gros gants en caoutchouc, et chaussure taille 46. Je n’ai pas l’air ridicule, je le suis et le tout couronné par une chaleur pesante et une humidité constante les lendemains de pluie. Parfois le produit chimique que j’utilise tombe sur mon bleu de travail et me brule alors la peau. Après quelques heures mes mains commencent à leur tour à chauffer, j’enlève alors rageusement mon déguisement de clown et relaxe mon dos contre le béton taché de peinture. Argo est dans un boatyard où la moitié des propriétaires de voiliers sont des hommes de 50 ou 60 mariés à de jeune femme belles et plantureuses venues des Philippines. L’autre moitié, ce sont des hommes de 40 ou 50 ans célibataires endurcis avec la maturité d’adolescents en pleine crise, à 15h ils ont déjà incroyablement soif de bière, à 17h ils reprennent leur scooter avec quelqu’une dans le sang. Je n’exagère malheureusement à peine et me sens alors un peu à part dans ce monde de rustres et même si dans le fond tout le monde est « gentil », je me demande parfois où elle va vraiment l’évolution de notre 21ème siècle. Voilà, j’ai donc choisi de passer un mois la de dans, entrecoupé de jour de pause, un part semaine, de jour de pluie, un toutes les deux semaines. Je pourrai être en train d’arpenter Bornéo, découvrir Florès, m’assurer de ma deuxième année de visa en Australie, je pourrai avoir fait un choix cohérent, logique, censé ou tout autre synonyme du genre mais je ne l’ai pas fais.

Singe à Langkawi en Malaisie par Marie m

J’ai choisi de bosser sur Argo et chaque matin pendant le trajet en scooter je regarde les singes sur le bord de la route. Parfois je rentre un peu plus tôt me baigner dans la piscine de notre resort presque abandonné où nous avons élu domicile. Parfois j’accepte une bière l’après midi au soleil et quand arrive notre jour de congé, on va se baigner dans une mer bleu azur sur une plage vide de monde. Le soir je me plonge dans un énième bouquin, partage un film ou un instant de simplicité sur notre terrasse mais surtout chaque matin lors de notre trajet en scooter, au détour d’un virage, face aux singes hilares, je me sens incroyablement heureuse, de ce bonheur qui laisse un sourire sur les lèvres et me laisse assumer pleinement l’absurdité de mes choix. Parfois je ne voyage plus vraiment, souvent je vie et mon quotidien aussi simple soit il me satisfait pleinement.

Je ne sais pas de quoi demain sera fait, je n’ai pas encore de billet d’avion pour l’Australie et je me ruinerai surement quand trois jours avant mon départ je l’achèterai enfin. Pourtant j’ai passé ce mois extraordinaire, d’un mariage d’une amie à la rencontre de Pauline, des moments en famille aux retrouvailles toujours plus agréable en passant par de nouvelles rencontres. Du Vietnam à la Malaisie en passant par la Corée. Je découvre et redécouvre mais finalement vie aussi très simplement, dans l’instant présent… quoi que parfois aussi avec la peur des jours qui passent et des au revoir qui à nouveau arrivent. Souvent je doute, parfois je recule mais presque toujours j’assume le ridicule de mes choix et ce voyage s’il en est toujours un, n’aura alors pas fini de me surprendre. Ce matin, le soleil ne s’est pas levé. Ce matin, je croyais que je n’arriverai pas à écrire, ce soir j’ai fini un article.

 


Article écrit il y a trois semaines… Je suis maintenant de retour en Australie pour Noêl !

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