#Metoo, un hashtag à retardement qui se propage depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, pourtant c’est aujourd’hui en me réveillant que je l’ai vu s’imposer sur mon fils d’actualité facebook et ai décidé de m’exprimer. Mis en place en 2006 par Tarana Burke qui souhaitait alors venir en aide aux femmes et filles (en particulier de couleur) ayant subit des agressions sexuelles, il est réutilisé le 15 octobre par l’actrice Alyssa Milano après le scandale Harvey Weinstein. Il s’est depuis mondialement multiplié #Moiaussi, #Balancetonporc, en Italie #quellavoltache (la fois où), en Espagne #Yotambien, au Maghreb, en Suède… Un concept simple : montré l’ampleur du problème de l’harcèlement sexuel, mettre en exergue le fait que chaque fille, chaque femme a été au minimum une fois dans sa vie agressée, provoquée, humiliée, harcelée, suivie, touchée, insultée… Il n’y a pas d’exception à la règle et c’est cette règle là que ces hashtags tentent encore une fois de dénoncer. Je dis encore une fois car par le passé, j’en ai vu circuler plus d’un : #Allwomen, #Bringbackourgirl, #Heforshe, sorte de manifestation 2.0, les hashtags donnent la parole à ceux qui ne l’ont pas toujours ou n’osent pas forcement la prendre. Ils sont l’idée, l’espoir, que de part leur nombre conséquent la parole se fera alors entendre, la société fera face aux problèmes et réagira enfin.

J’ai comme un goût amer dans la bouche en écrivant cette introduction, ce sentiment d’aligner des mots dans le vide et que les seules réponses seront le silence ou le dénie. Je ne fais que rajouter un article aux centaines qui existent déjà sur le sujet et ne font réagir qu’une population déjà au courant de la situation. Depuis la création de mon blog, j’ai toujours voulu écrire sur le féminisme, sur notre société encore trop patriarcale qui se cache sous de faux semblants de galanterie ne faisant que perpétuer l’objectivation de la femme.

Je n’ai jamais fais le premier pas parce que je ne me suis jamais sentie légitime. Manque de connaissances, d’expériences mais en réalité une peur profonde d’être étiquetée « féministe chieuse et râleuse » quand je me contente simplement d’être Féministe, avec un grand F, s’il vous plait ! En colère, certes… parfois ! Mais reprocheriez-vous à une personne de couleur de ne plus supporter le racisme ? Aux juifs de se sentir profondément humilier par le négationnisme ? Non et vous aurez raison. J’utilise alors des comparaisons outrageuses et fortes mais c’est apparemment, parfois, la seule solution pour faire réagir celui qui n’ouvre les yeux que sur un scandale. Peut être qu’une définition simple et efficace permettrait, aussi, de faire comprendre que le féminisme n’est pas un gros mot et qu’en réalité toute personne respectueuse d’autrui et enclin à l’Egalité avec un grand E peut se dire, aller soyons fou, proclamer Féministe ou féministe si vraiment les grandes lettres vous font peur. En bref :

Le féminisme est un ensemble de mouvements et d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun : définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes.

Un concept tellement humain et pourtant il m’a fallut attendre un hashtag de plus pour enfin écrire ce que je pense et ajouter mon gravillon à l’édifice sur ce sujet tremblant qu’est le harcèlement. J’ai été touchée par #Metoo plus que par ces prédécesseurs car pour la première fois je l’ai vu se propager à une vitesse lumière entre mes amies facebook, non plus seulement par les membres des nombreux groupes Féministe, mais par les citoyennes du monde lambdas que nous sommes, par toutes ces filles et femmes qui se sont senties comme moi peu légitimes de parler.

Le harcèlement est un quotidien, la crainte si ce n’est la peur du sexe masculin est un sentiment que nous avons toutes ressenti un jour ou un autre dans nos vies. Quand on parle alors d’agressions, certaines d’entre-nous parleront sans le vouloir de chance car les atteintes qu’elles auront subits n’auront été que minimes. Est-il réellement normal de pouvoir parler de chance quand notre seule « expérience » est une main mal placée lors d’une soirée dans un bar ? Je me souviendrais toujours de cette soirée en présence de mes frères quand je leur aient donné quelques exemples de ce que pouvait être quelques instants dans le rue, quand ils ont alors fait le lien entre ce qui arrive aux autres mais aussi à leur petite sœur. Je me souviens avoir parlé de chance car à cette époque là je n’avais pas encore ma petite histoire choque. Je me souviens de leur réaction, je me souviens de leur naïveté… Eux, je pense, ne s’en souviennent déjà plus. [Je tiens à m'excuser, après publication et retour sur cet article, je sais maintenant qu'ils s'en souviennent et ça me touche beaucoup]C’était une conversation au milieu d’une autre, c’était un léger rappel à l’ordre mais ce n’était pas grand-chose puisqu’à l’époque je n’avais pas ma petite histoire choque. Que penseraient-ils maintenant, auraient-ils enfin l’envie de se dire féministes ou non, vraiment l’égalité homme-femme dans notre cher pays est un acquit… de conscience.

Parce que la femme est une râleuse, parce que la femme n’est toujours pas aussi digne de confiance qu’un homme, notre parole est inlassablement un écho perdu. Je lis ces hashtags, ces histoires douloureuses et pense que d’ici quelques semaine la vie reprendra son cours comme si de rien n’était, comme la rue désertée après une manifestation. Les mouvements se multiplient, les associations se font plus nombreuses contre le harcèlement et les agressions et pourtant face à des voix qui détonent certains parlent encore de délation, minimisent les propos, crient au ridicule et au scandale et ce qui restera de nos pleures ne sera que la frustration d’un échec de plus. En grossissant les chiffres, 48 % de la population pensent que 52 % de celle-ci parlent pour ne rien dire. Je ne peux plus entendre que nous exagérons, je ne peux plus supporter que ma colère et ma peur ne soient que des plaintes stridentes et répétitives plutôt que des appels au secours sur une réalité oppressante.

Il est vrai pourtant que quand on regarde la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, le premier article annonce « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Il est vrai qu’en 1791, quand Olympe de Gouges propose une féminisation de cette déclaration, elle ne sera pas entendu et que deux siècles plus tard, le texte sur lequel repose notre société ne parle officiellement toujours que « d’homme ». Et si pointé ce « détail » pourrait être vu comme de la provocation inutile, s’est en réalité montré que les inégalités homme femme sont instaurées profondément dans notre société, dans notre conscient et inconscient et que le harcèlement, les agressions sexuelles ou non sont des faits divers de tous les jours et qu’il n’est, pour certain, pas nécessaire de se pencher sur le problème.

Ainsi les filles et les femmes continueront de s’entendre dire qu’il est impératif qu’elles ne rentrent pas seule la nuit, qu’elles s’habillent « correctement », qu’elles ne provoquent pas le regard… Demain et dans un an, on me dira toujours qu’il est dangereux pour une femme de faire du stop, que je ne devrais pas voyager seule ou à l’inverse qu’une voiture s’arrêtera plus vite car j’ai des seins, que j’obtiendrais plus facilement ce que je veux car j’ai des formes, car mon corps est la raison même de ma réussite, cela est bien connu. A quel moment ces discours font-ils sens ? A quel moment sommes nous la raison de ces agressions et inégalités ? Pourquoi les remarques sont elles inlassablement faites aux femmes alors qu’elles sont dans un instant T, les victimes d’un oppresseur ? Et de part ces propos, l’humain continue de nous imposer un certain type de comportement, un comportement de méfiance dans une société où l’on nait et demeure « libres et égaux en droit » et où ces droits sont « la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ».

Certain diront qu’il ne faut pas parler de féminisme mais d’humanisme, dans un sens ils auront raison. L’idée n’est pas de mettre la femme au dessus de l’homme mais pourtant tant que la femme n’aura pas entièrement sa place alors le féminisme aura malheureusement lieu d’être. Je rêve que ce mot disparaisse, je rêve d’une génération futur qui n’aura pas à se scandaliser de cette violence sourde et muette. Si en France, jour après jour on se rapproche du but, si les discours enfin osent se proclamer, si la honte de s’exprimer peu à peu s’étiole, le problème existe encore. Nous ne sommes peut être pas en Arabie Saoudite où cette année, enfin, la femme pourrait peut être obtenir le droit de conduire librement mais les violences et le sexisme dans notre pays existe aussi. Je pourrais donner des chiffres, mettre noir sur blanc l’horreur qui persiste, des pourcentages qui dénoncent inlassablement mais ces données existent depuis des années, ne diminuent pas et le changement continue de se faire au rythme d’un escargot sur une pente savonneuse.

Je crois que, personnellement, le plus dur depuis mon retour en France est de constater la normalisation du harcèlement et des agressions sexuelles. Malgré le fait que le sujet soit inlassablement remis en avant depuis quelques années quand j’en parle autour de moi une sorte de dénie semble continuer d’exister. Les femmes, les filles minimisent leur expérience et les hommes, les garçons n’en ont que peu conscience et ne se sentent pas concerner car ils se voient respectueux envers l’autre sexe. Le discours de prévention continue d’être tourné dans un seul sens quand en réalité l’ensemble de la population est concerné.

Un changement ne peut pas opérer si l’on ne s’attaque pas à la source même du problème et le problème n’est pas une tenue vestimentaire mais le jugement sur celui-ci.

Le problème n’est pas le corps dans lequel nous sommes nés mais le regard qui se porte sur lui.

Le problème n’est pas le genre dit féminin mais les stéréotypes qu’on lui impose.

Le problème n’est pas la féminité en elle-même mais l’objectivation d’une personne qui ne souhaite rien d’autre qu’être ce qu’elle souhaite être.

Le problème n’est pas la sexualité d’une femme mais la vulgarisation de son droit à être sexuelle.

Le problème n’est pas la honte en elle-même d’oser parler, raconter ce qu’il s’est passé mais le manque d’écoute au sein des institutions, le déni de la douleur, la décrédibilisation de l’agression ou du harcèlement.

Le problème n’est pas dans la moitié de la population mais dans l’ensemble de celle-ci qui ne veut pas réagir et préfère déblatérer une semaine sur du scandale plutôt que de voir que le sexisme existe bel et bien au quotidien, dans tous les milieux, des tous les espaces, à tous les âges.

Le problème n’est pas celui de l’autre, il est aussi le votre, le mien.

Le changement n’est pas pour demain mais dans la parole d’aujourd’hui, dans nos gestes anodins, dans nos réflexions et nos jugements. Le changement se fait dans le militantisme aussi bien qu’au quotidien, il est dans la transformation de notre façon de penser et dans l’abolition des stéréotypes genrés et en tout genre. N’oublions pas les efforts des générations passées, les bouleversements qui ont déjà eu lieu mais ne laissons pas non plus l’évolution, la possibilité de l’humanisme pour les générations à venir, soyons responsable et agissons là, tout de suite, maintenant.

Si ce premier article féminisme est un bordel incohérent, si il est un enchevêtrement d’idées mal énoncées, je l’espère comme un début malgré le fait que j’aimerai en voir la fin. Je suis loin, encore très loin, d’une parole structurée, d’un discours fort et pleins de sens mais il était temps pour moi de m’exprimer. Je manque de connaissances, je reste inlassablement très personnelle dans ma façon d’écrire les choses et je me base avant tout sur mon expérience et mes ressenties pour dire ce ce que je pense. C’est un entremêlent de cries du coeur et de retours à la raison, c’est l’extériorisation de mon Féminisme et de ma colère face au déni de notre société. J’ai peut être mélangé les discours, utiliser des raccourcis mais pourtant j’ai aussi limité mes digressions car dans mon esprit une liste non exhaustive de propos reste non dit. Derrière un sujet maladroitement abordé se cache de nombreuses colères qui je l’espère finiront pas être exprimées.

Cependant il y a un début pour tout et si un jour ma fille, ma nièce, une amie, une proche ou une inconnue ose venir vers moi pour me dire que le policier qui a pris sa déposition lui aura demandé comment son agresseur l’avait touché, si par exemple « il lui avait mis un doigt » en s’esclaffant de rire, alors je pourrais la regarder en face, me regarder en face et savoir que je ne nie pas la situation. Je suis légitime, nous sommes légitime d’agir car il est tant de briser le silence, de voir les choses en face. Ce jour-là j’ai du assumer la peur d’une agression qui avait eu lieu la veille, une agression que je ne cesse de minimiser car « il ne s’est rien vraiment passé » puis j’ai du assumer ce flic qui s’est trouvé drôle avec ses mots crus et à mon tour j’ai ri parce que j’étais alors impuissante. Si avec des hashtags, je peux enfin trouver la force d’écrire alors peut être d’autres, aussi, raconteront ce qu’elles ont vécu. Peut être que par la suite, nous n’attendrons plus un mouvement de masse pour oser dire et dénoncer les agresseurs et que le problème ne sera plus seulement discuté entre nous mais sera mis face à la Justice, celle avec un grand J puisque la justice de nos tribunaux se cachent encore derrière la superficialité des lois.

 

#Metoo

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