Je me souviens, il y a presque 3 ans de ça maintenant, j’écrivais cet article de compte à rebours avant mon départ. J’étais stressée évidemment et de nombreuses fois j’insistais sur l’idée de partir sans savoir quand j’allais revenir. On se disait des « à bientôt » amers et sarcastiques mais si j’avais su que j’embarquais dans cette aventure… Si on m’avait dit « Marie, tu vas partir 3 ans, presque 3 ans ». Si on m’avait dit que ce voyage deviendrait ma vie, mon quotidien, l’instant présent, le passé extraordinaire, le futur proche d’excitation !

Il y a souvent eu cette question « pourquoi es-tu partie ? Qu’est ce que tu fuis ? » et mon incapacité à répondre vraiment. Je suis tombée dedans, après une destination l’évidence de la prochaine reculait le retour en terre natale jusqu’à ce que celle-ci devienne elle-même une destination. Puis il y a la réalité, je n’étais pas prête à rentrer et ce billet je ne l’aurais peut être jamais pris si ma Grand Mère n’avait pas demandé mon retour pour un temps. Ce n’est pas faute d’avoir envie de revoir toutes ces personnes que j’aime infiniment et quand j’y pense c’est une libération exquise de savoir qu’enfin je vais les avoir physiquement près de moi. C’est une réalité tout autre, c’est faire face au fait que peut être oui j’ai fui, j’ai fui sans le vouloir et m’en rendre compte, j’ai fui par besoin d’émancipation, d’indépendance et de construction mais peut être que maintenant je peux le dire « Oui, j’ai fui ». C’est une idée difficile à dire car je ne l’assume pas vraiment, je sais que de très nombreuses fois j’ai été sûre de ne pas fuir alors peut être que oui, c’était aussi le cas, je ne fuyais pas. Souvent j’ai pensé « laissez moi tranquille avec vos psychanalyses et généralités insupportables » car en réalité j’avais juste besoin d’être moi, de ne plus rentrer dans des cases et d’être en marge pour pouvoir mieux me retrouver. Je n’avais pas envie d’être partie d’un rôle pour qu’on m’en accuse d’un autre. Pourtant maintenant je le sais, je serai toujours le cliché de quelqu’un, je serai toujours l’idée reçue d’un autre et c’est un combat de tous les jours que d’envoyer valser ces cases dans lesquelles je ne veux pas rentrer pour assumer que je suis aussi chacune d’entre elles. Rat des villes, rat des champs car je n’oserai pas m’appeler souris, je suis là où je suis, quand j’y suis et surtout en espérant vraiment y être dans ce fichu présent.

En bref, ce cliché de la fuite je n’en voulais pas et maintenant que cinq petits jours me rapprochent de mon passage en France, je me rends compte que je vais pouvoir me délester de deux belles valises morale et physique pour repartir plus légère. Je reviens déposer des sacs de rochers, tourner des pages et ouvrir de nouveaux carnet. Mon passage en France… c’est m’offrir un deuxième départ, non plus celui de la fuite mais celui du voyage assumé comme rythme de vie, comme futur et destiné. C’est m’offrir cette réalité : Le voyage est et sera mon quotidien tant que cela sera possible, « pour le meilleur et pour le pire ». Et assumer cette vie, c’est ne plus avoir peur de rentrer en France, c’est refouler l’espace spatio-temporel pour faire du monde mon terrain de jeu.

Depuis quelque temps, je me suis lancée dans la lecture de romans de voyage et si L’Alchimiste de Paulo Cohelo est un devoir de lecture, j’ai retrouvé dans L’Usage du monde de Nicolas Bouvier, la philosophie qui me convient temps. Connu pour cette citation, qui m’aura d’ailleurs amené à lire ce livre :

« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même »

J’ai retrouvé tout du long de ses péripéties ce qui m’a ammené à me perdre sur les routes pendant trois ans et qui m’assure maintenant que je suis prête, j’assume, quand je serai grande je serai voyageuse ! Maintenant il ne me reste plus qu’à lire la suite de ces aventures et vivre les miennes. J’attends donc avec impatience de pouvoir retrouver ses mots, ses phrases que j’ai du lire et relire pour en savourer le sens et retrouver l’essence ! Avec Joseph Kessel, j’ai trouvé mon deuxième héros quoi que s’ajoute à la liste Patty Smith, Cheryl Strayed… Et tant d’autres inconnus dont les récits et les mots sauront raviver ma quête.

Etre voyageuse, ce n’est pas un métier, une carrière, pourtant c’est belle et bien un choix de vie et je me souviens alors d’un ami qui me demandait il y a quelques semaines : « et le ciné dans tout ça ?« . Je n’ai pas eu de réelle réponse à sa question car il y a un an, presque jour pour jour, j’ai arrêté de ma la poser. J’étais assises exactement là où j’écris actuellement ces mots. Je n’arrivais pas à dormir, des interrogations insupportables m’envahissaient l’esprit et les moustiques me dévoraient les jambes, un moment pénible, une gêne physique et morale ! Si l’anti moustique était une solution radicale pour le problème dit « physique », il me restait sur les bras ces pensées envahissantes dont je souhaitais me débarrasser. J’ai donc fait ce que je fais souvent le mieux, armée de mon carnet et d’un stylo, j’ai déversé mes soliloques sur des pages et des pages jusqu’à tarir mon esprit de ses maux dévastateurs. Qu’allais-je devenir ? Une fois mes visas vacances travaillés écoulés, quelles seraient mes solutions ? Et en France, je suis quoi ? Qu’en est il de mon métier ? Ma carrière ? Ma vie à deux ? L’argent, si je le plante, pousse-t-il ? Serait il donc plus rentable de planter un billet de cent ? Et j’en passe, Un nombre de questions infinies dont je blâme la société de m’en faire un fardeau et mon imagination (on appelle ça aussi paranoïa) de l’alimenter généreusement. Des rochers que j’accumule dans un sac déjà trop lourd ! Ce soir-là, pourtant,  j’ai trouvé le sommeil, 10 pages plus tard, j’avais ma réponse : arrêter de me poser toutes ces fichus questions. Certains appèleront ça du déni, d’autres plus complaisant parleront de Stoïcisme, moi, tout simplement j’avais envie d’arrêter de me prendre la tête.

Syllogisme alors facile :
– j’ai besoin de dormir
– je n’arrive pas à dormir car je me pose trop de questions
– pouvoir dormir c’est arrêter de me poser trop de question.

Et si le dictionnaire dit du syllogisme :

« <péjorativement> raisonnement purement formel qui ne connaît rien à la réalité« 

je tiens à préciser que contrairement à la morale, le raisonnement des uns ne s’arrêtent pas là où commence celui des autres et que j’ai trouvé en cette logique facile une solution bienfaitrice qui me permet de vivre plutôt que de survivre dans l’interrogation.

Pourtant, ne vous détrompez pas, je pense encore trop, je réfléchis à tout va, m’encombre de questions en tout genre, cherche encore des réponses là où il n’y en a pas… mais celles-ci, les questions de cette insomnie là, ne dérangent plus mes nuits. Je ne sais définitivement pas de quoi mon avenir est fait, je laisse tomber carrière et plan épargne logement, je me contenterai de mes devoirs de citoyenne en ce dimanche à venir et pour le reste… je sais tout simplement que j’ai beaucoup de livres à lire, d’autres langues à apprendre, trop de continents inconnus, de rencontres qui m’attendent, de découvertes surprenantes, de connaissances nouvelles, des voyages incertains, encore un peu d’argent (pour les terre à terre qui n’ont pas la main assez verte pour le faire pousser et se ruinent dans l’engrais), un passage en France et des retrouvailles tant attendues ! Pour le reste je me contenterai de citer le plus beau roman philosophique de voyage : Le Petit Prince de Saint Exupéry…

« On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux »

… Alors je reviens heureuse, le coeur léger de vous retrouver enfin !

One thought on “Réflexions (un peu trop) intimes d’avant retour

  • 9 juillet 2017 à 19 h 42 min
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    Merci Marie pour ce très beau message.

    Je suis très heureuse d’avoir de tes nouvelles et j’espère en avoir d’autre encore, j’espère te revoir ici, en France car pour le moment j’y suis.
    Je te souhaite un très bon retour, de retrouver tous ceux que tu aimes et qui t’attendent, et que tu attends.
    Je suis sure que tu trouveras le sens de la vie qui se passe de motifs et qui se suffit à elle même.

    Je t’embrasse très fort.

    Agnès

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