Pour des raisons de confidentialité, clause de mon contrat que j’ignorais jusqu’à aujourd’hui, j’ai été obligée de soustraire à cet article les divers noms cités. Par manque de temps, je les aurai remplacé par des pointillés. Ainsi la liberté d’expression a ses propres limites et jusqu’à maintenant je ne m’étais jamais sentie censurée. Cependant, je ne vois là dedans qu’une motivation supplémentaire quant à l’écriture d’un deuxième article sur ce qu’il en a été de mon expérience ici. Et à mon plus grand plaisir, la direction aura pu lire cet article puisqu’il me l’aura montré traduit et imprimé cet après-midi même, en espérant qu’ils aient alors compris que dans chaque être humain se cache un opinion, des sentiments, une personnalité, des convictions et j’en passe.

J’ai trois heures devant moi avant de reprendre le travail, trois heures que j’aimerais passer à écrire. Cependant quand l’habitude se perd, il n’est pas facile de commencer une page blanche. Pourtant cet article, j’en ai des bribes en tête chaque matin quand mes gestes habituées me laissent vaguer à mes libres pensées. Les mouvements répétitifs, devenues presque automatiques me laissent le temps de chercher les mots que j’aimerai pouvoir écrire. Cet après midi, je prends enfin le temps. Je devrais envoyer des mails, je n’en écris plus ou presque depuis des mois et laissent sans nouvelles des personnes qui me sont vraiment cher. De même que je ne pourrai pas rattraper le retard pris ici, raconter l’Indonésie, Melbourne et mes débuts en Australie, la Malaisie, mes péripéties en bateau, en stop, les soirées folles, les nouvelles amitiés et rencontres et j’en passe. Peut être un jour, je prendrais le temps de me souvenir assez pour retrouver les émotions de nos instants passés. Pourtant cet après midi, éclairée à la lumière artificielle du néon juste au dessus de mon lit, dans mon petit container qui me sert de chambre et de maison, je veux prendre le temps d’écrire au présent. Rester dans l’authenticité de ce que je vie maintenant malgré le fait que je sois loin de la beauté du voyage puisque de retour à un travail, tout, sauf passionnant. Cependant, en un an , je n’aurai passé que deux mois à travailler, il était donc temps que je me pose et prépare financièrement mes nouvelles aventures.

C’est ainsi que j’en viens à parler boulot ! Il est difficile de faire un lien direct entre le titre et le sujet, comment raccrocher rêve à un travail que j’annonce dès le début pas passionnant. Il faut alors revenir à quand j’avais 5, 6 ou 7 ans, je ne sais pas vraiment. Arrive alors une confession que j’aurai préféré peut être taire toute ma vie mais maintenant en y repensant et en faisant le lien avec mon occupation actuelle, j’en rie allègrement. Je commencerai tout d’abord par vous dévoiler la nature de mon métier : je suis actuellement femme de ménage mais je m’en tiendrai à housekeeper en anglais car loin du genre que l’on impose à ce travail en France. A temps partiel, heureusement, le reste du temps, je retourne à ma superbe vocation de serveuse, occupation que j’affectionne tout particulièrement puisque si proche de mon tempérament (est il nécessaire de préciser le sarcasme que je pose dans chacun de ces mots ?). Je disais donc housekeeper, « room attendant » si je me fie plus précisément aux écrits de mon contrat. Et là, je vous sens déjà perdus quant au rêve d’enfant, comment pouvoir rêver d’un métier où l’on passe la majorité de son temps à nettoyer la saleté d’autrui ? Je vous trouve alors bien dédaigneux, ne dit-on donc pas qu’il n’y a pas de sous métiers ?! Mais revenons plutôt à cette confession que je devais vous faire. Mes frères ne s’en souviennent peut être pas mais ils n’ont pas hésité à ce moquer de la petite fille naïve que j’étais qui passait alors des heures à nettoyer cuisine et salles de bain de notre belle maison de Planfoy. A l’époque, je répondais alors fièrement que quand je serai grande je serai… femme de ménage ! J’avais déjà dès mon plus jeune âge de grandes ambitions et un esprit carriériste mais les raisons de telles envies saugrenues ne sont que trop mignonnes pour que je n’en rie pas maintenant. L’idée était simple, je rendais ma maman heureuse, je trouvais alors qu’il était beau de faire un métier qui puisse rendre si facilement les gens heureux. Je me rends compte maintenant, au présent, de la naïveté sans borne d’une telle logique. Du haut de mes 6 ou 7 ans, je croyais alors qu’il suffisait de nettoyer derrière l’un pour rendre l’autre heureux. Le bonheur est dans le propre ! Pour quelqu’un d’aussi foutoire que moi, il est difficile de croire que j’ai pu un jour penser ça… Ainsi presque vingt ans plus tard, je réalise un rêve d’enfant ! Enfin, ça y est, je suis femme de ménage ! Il y a quelques jours de ça en faisant le lit numéro 6592 de la matinée, j’ai eu cette pensée en tête, derrière ce métier qui semble parfois m’abrutir, je réalise en fait un des premiers métiers que j’ai espéré un jour faire. Je me suis sentie alors accomplie, satisfaite et équilibrée, j’ai posé le coussin final du lit 6592 et ai souri à la vie !

Je vous laisse juger de la part de sarcasme et reviens maintenant à la réalité ! Quand est il vraiment de travailler en tant que housekeeper dans un sois disant 4 étoiles australien ? Soyons d’abord claire sur un premier point, il est absolument impossible de comparer le luxe d’un hôtel quatre étoile australien à ceux que l’on trouve en France. Les différences sont tellement exorbitantes qu’il n’est pas envisageable de toutes les citées.

Venons en maintenant au décor, j’habite actuellement la petite ville, si ce n’est le village de ………….. Petit amas de maisons perdu dans le parc national du Kakadu dans le Northern Territory. Ici, il fait chaud toute l’année, passant de la saison humide à la saison sèche, les températures avoisinent les 35 degrés presque tous les après midi alors que nous sommes maintenant en hiver. Autant vous dire qu’il fait chaud, vraiment chaud et que je n’ai pas vu de pluie depuis mon arrivée ici. L’hotel  « ……… », est l’un des rares logements que les touristes peuvent trouver dans les environs. C’est ainsi que la saison sèche venue, c’est à dire celle durant laquelle il est possible de visiter le parc, le nombre de visiteurs explose et nous affichons alors complet presque tous les jours. Ce qui signifie que chaque chambre ou presque doit être nettoyer ou remis en ordre chaque matin. J’en viens alors au travail en lui même, à mes matinées de housekeeping qui s’enchainent toutes plus identiques les unes que les autres.

Premier réveil, 7h12 puis 7h17, 7h30 je suis déjà partie à pied pour l’hôtel. 7h45, je me prépare un café à la « vraie » machine à café du restaurant, 8h… que la fête commence ! Organisation des équipes et distributions des chambres. Deux à trois personnes par ranger de chambre, il y a 4 rangées d’environs 24 chambres plus la queue du crocodile qui est partagé entre les chambres « VIP » et les chambres « locaux ». Les unes comme les autres sont une honte absolue dont je prendrais peut être le temps de critiquer abondamment si cet article ne s’étend pas déjà trop inutilement. Nous nous dirigeons ensuite vers les « store room » pour récupérer nos « trolley » avec le matériel de nettoyage ainsi que ceux remplis de draps et serviettes. Court instant d’organisation avant de se lancer dans 4h de ménage avant la pause repas. Il faut alors être efficace, nous ne sommes pas censées rester plus de 8 min par chambre et celle-ci doit paraître comme neuve après notre passage. En aide, les « housemen » qui passent enlever les draps sales et les poubelles et nous réapprovisionnent en linge et serviettes propres. Les chambres se divisent alors en deux catégories : check out et stayover. La quantité de travail est divisé par deux de l’une à l’autre puisque l’on passe d’un nettoyage complet à une rapide remise en état : c’est à dire (en gros) faire les lits et changer les serviettes. Vous savez ces fameuses serviettes que l’on vous dit de laisser par terre si vous souhaitez qu’elles soient changer… 8 min pour faire un, deux ou trois lits quand en réalité un travail convenable nécessite au minimum 5 minutes par lit. Passer l’aspirateur, nettoyer table, frigo et meubles, remettre en place certains éléments, réapprovisionner en thé, café, sucre, nettoyer de fond en comble la salle de bain… Est-il nécessaire de préciser qu’un tel travail est absolument impossible en 8 min ?

Arrive alors la seconde raison pour laquelle j’écris cet article : la sensibilisation au travail parfois ingrat de l’autre. Plongé dans notre société de consommation, guidé par l’idée que l’argent justifie certains de nos comportements, nous oublions trop facilement que derrière chacun de nos gestes, de nos activités quelles qu’elles soient se cachent en fait l’humain. Cet extraordinaire et complexe amas de chaire mis en action par un cœur et cerveau aussi physique qu’émotionnels qui passe les deux tiers de sa vie ou presque à effectuer un travail pour que la société, la communauté humaine puisse fonctionner. Je ne m’étendrai pas dans un discours philosophique et me contenterai de la réalité comme argumentaire. La réalité, ma réalité quotidienne qui est parfois submergée par un non respect complètement déprimant. Ainsi, cette chambre d’hôtel dans laquelle vous passez agréablement votre nuit, je vous demande la prochaine fois de vous y assoir 5 min et de réfléchir à la quantité de travail que vous auriez du vous-même effectuer pour la rendre si agréable. Viens alors cette réflexion pénible que de nombreuses personnes avanceront : ces gens, du nettoyage à la maintenance sont payés pour faire « ça ». Cependant ce « ça », quel en sont ces véritables limites ? Sommes-nous payés pour nettoyer ou subir les abus d’autrui qui lorsqu’il n’a pas à assumer ces actes ne se limite plus lui-même ? J’ai pourtant relativement de chance, je n’ai que rarement était dégoutée par ce que j’ai vu mais parfois après 20 chambres je suis exténuée de voir que personne, absolument personne n’a pendant, ne serait ce qu’une minute, penser à nous. Penser à nous, c’est d’une simplicité sans nom, cela va d’un respect humain à de la bienveillance. Ainsi utiliser la poubelle, ne pas laisser trainer magasines, télécommande, serviettes et j’en passe par terre, utiliser douche et toilette correctement sont autant de détails qui placent les personnes dans la catégorie respect. Je vous conduis alors maintenant dans l’aspect bienveillant, ces petits gestes qui rendront les simples housekeepers que nous sommes heureux/ses et je vous assure qu’il n’en faut pas beaucoup.

Je vous facilite la tâche par quelques exemples, la liste est évidemment non-exhaustive :

Mettre tasses et verres dans l’évier

Ouvrir les rideaux

Tirer vos draps et si vous vous sentez d’humeur vraiment généreuse enlever les taies d’oreiller

Prenez le temps d’éponger si vous renverser quelque chose (jusqu’à maintenant ce geste me paraissait évident mais apparemment pas !)

Faites usage de ces jolis petits papiers que l’on accroche à la porte, double effet vous ne serez pas réveillés par les housekeeper et vous faciliterez l’organisation de leur journée.

Si vous restez plusieurs nuits dans l’hôtel et que vous ne souhaitez pas spécialement que votre lit soit fait, n’hésiter pas à la mentionner sur un petit bout de papier, gain de temps incomparable ! D’ailleurs tout petit mot est agréable à lire !

Si vous avez décidé d’appliquer votre leçon de Feng Shui, ne vous sentez pas non plus obliger de laisser le lit dans la salle de bain quand vous quittez les lieux.

Si vous logez dans un endroit très chaud, tel le Kakadu, n’hésiter pas à couper votre climatisation juste avant votre départ, si ce n’est à la laisser (environnement versus housekeeper…)

Vous vous sentez d’humeur terriblement généreuse, les pourboires pour housekeeper existent. Il suffit de laisser un petit tas de pièces correctement empilées sous ou à côté de l’oreiller. Et ne vous m’éprenez 1 dollar accompagné d’un petit merci peuvent changer une journée.

Maintenant que vous avez les clés en main pour rendre heureux des personnes déjà largement sous-estimées à cause de la nature de leur travail, voici quelques petits détails que vous vous devez aussi de savoir quand vous allez à l’hôtel.

les verres et tasses ne sont pas nettoyés si ils n’ont pas été utilisés et d’ailleurs leur nettoyage consiste à une pastille de javel et de l’eau, on essuie et le tour est joué !

On essuie avec un chiffon, quel chiffon, il m’a servi à quoi lui déjà, tiens là un chiffon…

La télécommande, le téléphone… ne sont JAMAIS nettoyés.

Si la couette est séparée par un drap du reste du lit, vous pouvez être sur ou presque que la housse ou le deuxième drap placé sur le dessus n’aura pas été systématiquement changé.

Il est parfois plus facile de ramasser 3 petites miettes par terre à la main plutôt que de passer l’aspirateur.

En bref, les housekeepers ne sont pas véritablement payés pour nettoyer mais plus pour jouer sur un faux semblant de propre, une apparence agréable qui doit être effectué dans un temps record. Je parle alors d’une expérience dans un hôtel sois disant luxueux dont le service se doit d’être irréprochable cependant je me raccroche, sur ce point, aux standards français. Malheureusement, je ne m’attarde que sur un de mes deux métiers mais le même discours est alors aussi possible dans la restauration. Je voudrais prendre le temps de vous expliqué qu’une touche d’humanité rend aussi le travail de serveur/se complètement différent mais je pense que vous avez maintenant compris la raison de mon article et je ne vous assommerez pas d’une seconde leçon de respect. J’aurai simplement aimé pouvoir dire à la naïve petite fille que j’étais que non le propre ne rend pas l’autre plus heureux mais le respect, l’entraide, la bienveillance peuvent parfois faire toute la différence. J’ai cette chance de n’avoir ce métier que pour quelques semaines ou mois mais je pense alors à toutes ces personnes qui continueront inlassablement à subir l’intolérance d’autrui. Le respect ne coûte RIEN et offre pourtant BEAUCOUP, à nous d’en faire maintenant notre quotidien. Sur ces bonnes paroles, je quitte ma tenue d’housekeeper, enfile mon uniforme de serveuse, déguise mon visage d’un sourire à toute épreuve (ou presque) et n’oublie pas que d’ici quelques mois l’Asie me reverra.

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2 semaines plus tard

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L’instant anecdote : Ils nous/vous prennent pour des cons !

Il y a quelques jours de ça, nous avons « accueilli » à l’hôtel 80 employés de la marque de soin capillaire ………. L’idée était un peu près la même qu’un congrès médecin, sous l’excuse d’une conférence de la plus haute importance, des milliers de dollars sont dépensés pour rendre les vacances la conférence inoubliable. Non parce que évidemment,un hôtel quatre étoiles au fin fond du parc national du Kakadu est l’endroit idéal pour se réunir autour de la piscine d’un orateur spécialisé. On notera cependant que la société qui finançait la petite partie de plaisir la rencontre professionnelle n’était autre que la marque elle-même et non pas les labos, les labos, les labos, les labos… quant il s’agit de congrès médecin.
Mais revenons on à l’accueil de nos très chers invités ultra VIP. La direction de l’hôtel, prévoyante et respectueuse autant de ses clients que de ses employés, avait alors longuement préparé l’arrivé exceptionnelle de la jet7 capillaire. Nous étions prêts, avertis, l’anticipation au mot d’ordre, les plus grands apparats de sortis… C’est ainsi que le matin même de leur arrivé, notre sous effectif de housekeepers a eu pour direction de nettoyer impeccablement et préparer environs 100 chambres… le tout avant midi (100 divisé en 4 équipes = 25, de 8h à 12h = 4h c’est à dire 240 min pour 25 chambre donc 240 divisé par 25 = 9,6 min par chambre). De plus afin de rendre leur séjour à la hauteur des prix payés par ………., il nous a été demandé de changer le papier toilette des chambres concernées car finalement l’unique façon de rendre un séjour dans ce merveilleux hôtel plus agréable et d’excuser l’exorbitance des prix est d’augmenter en qualité et quantité l’essuie tout de ces derrières déjà bien lustrés. Je vous rassure nous avons été grandement remercié et …………….. aura évidemment noté et apprécié le petite touche si attentionnée.


Ironie, sarcasme….. nous avons rendu armes et papier wc et avons enfin DEMISSIONNE !

Avant la fin de semaine, on repart, ENFIN !

One thought on “Un rêve d’enfant ?!

  • 27 juillet 2016 à 17 h 19 min
    Permalink

    Je suis contente d’apprendre que tu avais un contrat. Donc déclarée… il y a des employeurs qui ont une certaine connaissance des lois, mais pas toutes, pas celles qui concernent le temps de travail et les conditions de travail . Mais peut-être n’existent-elles pas « là-bas »…. puisqu’il ne faut pas nommer.

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