Une fois l’aventure Calédonienne finit, nous voilà atterrit au Vanuatu. Ce pays, ça faisait plus d’un an que j’en entendais parler : la population la plus gentille du monde, ça intrigue non ? Le volcan éruptif le plus accessible au monde, tentant ? Et une population mélanésienne, comme en Calédonie. Il ne me fallut pas plus d’arguments pour me convaincre de voyager là-bas. Ma première volonté fut de partir en tant que bénévole. Le cyclone Pam ayant fait des ravages le mois de mars dernier, j’avais cette envie de me rendre pour une fois utile. Evidemment, faute d’une vraie organisation et de contacts internet un peu compliqués avec l’association que j’avais trouvé, l’idée est tombée à l’eau… Cependant l’envie de partir ne manquait pas, j’ai donc pris mes billets d’avion pour un mois, accompagnée de Arnaud pour les deux premières semaines du périple. Passé de un mois et demi pour visiter l’ile principale de Calédonie à deux semaines pour tenter d’avoir un aperçu d’un archipel de 82 iles… Le rapport au pays ne fut pas le même et tels des débutants nous sommes rapidement tombés dans les sentiers touristiques. Quant aux deux dernières semaines, elles auront été une aventure en elle-même puisque pour la fin de mon séjour, je suis devenue « sailor » à tant pleins. J’aurai élu domicile dans le « V-berth » d’un petit « monohull » américain au tendre nom de Argo. Plus simplement, j’ai dormi dans la couchette de la cabine avant d’un monocoque américain au tendre nom de Argo !

Le Vanuaquoi ? C’est où ça ?

Carte du vanuatuLe Vanuatu, c’est un archipel situé dans le Pacifique de 81 ou 83 îles, deux appartiendraient à la Calédonie mais seraient revendiquées par les Vanuatais. Bref 81 ou 83, ça change d’un guide à l’autre. Tout comme le nombre de langues vernaculaires (mot compte couple) qui s’élève à plus d’une centaine dont environs une vingtaine rien que sur l’ile de Malekula. La langue véhiculaire (mot compte triple) est le Bischlamar, une sorte de mix créatif entre l’anglais, un peu de français et les langues locales. « Mi no totok bischlamar, small small ! ». Anciennement dirigé par un gouvernement mi anglais, mi français, l’indépendance à été signée en 1990 et a donné place au Vanuatu, un pays heureux mais fauché, vive la colonisation… Cependant, ces deux nationalités restent encore très présente de par la langue, en effet un enfant aura le choix entre suivre un cursus scolaire en anglais ou en français. C’est ainsi que j’ai pu parler avec la plus part de la population, oscillant entre français ou anglais, parfois les deux. Leur niveau de langue est impressionnant et nous ridiculise encore plus quant à notre niveau d’anglais qui la plus part du temps est lamentable.

La capitale du Vanuatu est Port Vila situé sur l’ile principale de Efate, la deuxième plus grande ville est Luganville sur l’ile de Esperitu Santo, la plus grande des 81/83 iles. Le reste, ce sont des sortes de petits villages qui contiennent au mieux un marché, quelques magasins, une banque, un aéroport… L’économie au Vanuatu est quelque peu compliquée et l’une des principales sources de revenu reste le tourisme. C’est ainsi que parfois nous nous sommes transformés en porte monnaie géant, ça tombait bien le mien était vide…

Le cyclone Pam est venu compliqué le tout en détruisant environs 80% des structures des 20 iles principalement touchées. Malgré une végétation qui a déjà bien repris le dessus, on remarque l’absence de noix de coco et arbres fruitiers sur de nombreuses iles. Pour une population qui se nourrit principalement de ce qu’à lui offrir la terre, je vous laisse imaginer les conséquences critiques d’une telle catastrophe naturelle. Cependant, un positivisme majeur continue de rendre cette population incroyablement souriante et généreuse. Un phénomène tellement extraordinaire que j’ai été étonné de rencontrer un gardien de prison, vraiment, ici ?

   Case du vanuatu par Marie M

Quelque peu perdu entre tradition et modernité, l’extraordinaire culture traditionnelle vanuataise est malheureusement devenue un folklore touristique. L’authenticité est donc parfois un peu gâchée par l’argent et il est compliqué d’avoir un rapport autre que financier pour apprécier l’aspect culturel. En même temps quand on voit débarqué les bateaux de croisière australienne, on comprend quelque peu pourquoi !

Bref, un cadre approximatif est maintenant posé,

bienvenue au Vanuatu ou plutôt : Ripablik blong Vanuatu !

L’arrivée à Port Vila

Dès l’avion, le Vanuatu fut un pays accueillant. En effet, nous avons fais la connaissance de Ruben, Vanuatais d’origine, il vit maintenant en Calédonie et rentrait pour une semaine voir sa famille. Tout s’est assez rapidement enchainé, d’une conversation dans l’avion à un échange de billet pour qu’il puisse acheter une cartouche de cigarette supplémentaire, il nous remercia d’une bouteille de Old Nick et nous invita à le suivre dans le mini bus familial. Là-bas, les minibus sont les taxis petits budgets, on grimpe et pour quelques vatus on est conduit là où l’on souhaite en passant par quelques détours afin de déposer chacun des passagers récupérés avant. Ce minibus, cependant, était rempli de la famille de Ruben, neveux, cousins… Et l’anglais qui revient après un mois et demi sans avoir pratiqué mais le plaisir de pouvoir communiquer avec tout le monde est un détail qui n’a pas de prix. Il nous dépose pour la journée dans le centre de Port Vila et nous voilà livrer à nous-même avant de les retrouver le soir pour aller chez eux. La chaleur moite nous aura mi KO et nous trainons nos sacs à dos sans vraiment savoir où aller. Depuis la Nouvelle Zélande, je n’avais pas mis les pieds en terre inconnue et là-bas, nous découvrions un monde loin du notre. Sous un ciel gris, Port Vila ne paraît pas vraiment accueillant. Des vestiges du cyclone trainent encore en bord de mer et la pauvreté est recouverte de magasins duty free et restaurants pour touristes. Les locaux, on les trouve au marché. Là-bas, l’assiette bien garnie est à 400 Vatu (environs 3 euros), le bol de thé ou de café à 100 et pour quelques vatus de plus, on l’accompagne de grosses tartines de beurre de cacahuète. C’est au marché que nous aurons fais une de nos plus belles rencontres. Elle s’appelle Nora et tient un petit stand de nourriture. Tenté par une assiette omelette, tartine, café, nous nous sommes arrêtés à sa table. Sauf que Nora, parmi ce qu’elle propose dans son menu, elle n’a pas vraiment grand chose : au choix poisson ou poulet mais elle se débrouillera et fera faire l’assiette par sa voisine. Du repas, elle n’a gagné que notre compagnie et notre fidélité car pour moi, il n’était plus possible d’aller manger autre part que chez elle. Un petit bout de femme maigrelette qui baragouine un anglais approximatif mais avec un sourire contagieux. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais comme un lien invisible s’est tissé entre elle et moi et jusqu’au bout je serai retournée la voir. Son stand au marché, c’est une tirelire trouée. Personne ne s’y arrête, si ce n’est quelques habitués comme nous et souvent elle n’a pas assez d’argent pour faire la monnaie sur 1000 vatus. Pourtant, dès qu’elle a su que Arnaud ne resterait pas un mois avec moi, elle m’a proposé de venir dormir chez elle et m’a donné l’adresse de sa famille à Malikulo quand je lui ai annoncé mon départ là-bas. C’est une femme atypique que je n’oublierai pas, une de ces personnes à qui j’ai promis de revenir et pour qui je me dois de tenir ma promesse.

Ce premier jour à Port Vila, nous l’aurons en grande partie passé à sa table avant d’être récupéré par Ruben et de partir à l’Escale le quartier où sa famille habite. L’Escale, ce n’est pas un endroit à touriste. On oscille entre pauvreté et simplicité de vivre mais c’est surtout un accueil incomparable qui en ressort. Lors de notre premier séjour là-bas, une bonne partie de la famille était réunie car les obsèques du père de famille venaient d’avoir lieu. Nous avons donc rencontré beaucoup de monde et ce fut une échappée dans l’histoire, la culture du Vanuatu absolument authentique. Chez eux, nous avons bu notre premier kava vanuatai et celui de la Calédonie à côté paraissait comme un breuvage insipide. Pour être sincère, le kava a absolument mauvais goût mais cette fois-ci, il ne raclait pas la gorge et en boire devenait presque appréciable. La différence est aussi largement remarquable quand à son effet. Tout d’abord la quantité d’un sel est bien plus importante, ensuite le résultat est bien plus fort. Il nous aura fallu seulement deux sels pour être cloué à notre siège et l’impossibilité par la suite de continuer à en boire. Si en Calédonie, j’étais capable d’accepter 5 ou 6 petits, là, je suis restée stupéfaite par la puissance de son effet. Le cava est l’une des grande fierté des Vanuatai et les nacamales sont innombrables, même le plus petit des villages aura le sien. Etre accueilli dans la famille de Ruben fut pour nous la meilleure des premières approches, loin des sentiers touristiques, nous avons pu goûter à une authenticité généreuse, reflet de la population vanuataise. De plus, nous avons ainsi fait la connaissance de Priscilla qui par la suite m’aura sauvé de plus d’une situation. Une jeune femme extraordinaire et pleine de vie avec qui j’aurai partager de superbes moments, une raison de plus de revenir au Vanuatu.

Esperitu Santo

Deux jours plus tard, nous voilà à nouveau sur le départ. Après avoir réfléchis une énième fois à comment vraiment visiter le Vanuatu, nous avons décidé de prendre l’avion pour Santo et par la suite partir à Embrym en bateau. Ce que je retiens avant tout de cette île est l’accueil de Marie. Marie gère un petit motel dans le centre de Luganville et faute de trouver une chambre libre et accessible financièrement, nous lui avons demandé de planter notre tente dans le jardin du motel, ce qu’elle a généreusement accepter. C’était une nouveauté pour elle d’avoir des touristes dans le jardin et pour nous un luxe d’avoir accès à une cuisine et une salle de bain. Elle aura rendu Luganville accueillant de par sa gentillesse et aura incroyablement faciliter notre passage là-bas. Nous voilà maintenant parti dans notre découverte touristique de l’île. Au Vanuatu, il est presque impossible de faire du stop, si une voiture s’arrête, il faut la plus part du temps monnayer le trajet pour quelques vatus. N’étant plus habitué au bus ou taxi, je me suis demandée comment il était alors possible de se déplacer mais nous nous sommes évidemment fait au rythme et avons enchainé les voitures, mini bus, taxi, benne de pick up et compagnie. Cependant, avant de réellement quitter Luganville, nous devions penser à notre départ pour Embrym et trouver le bateau de marchandises qui effectuait un trajet d’île en île jusqu’à Port Vila. Quand nous étions chez Ruben, nous avons rencontré l’un de ces neveux qui nous avait alors parler de son père, Eron, skipper d’un de ces fameux bateaux, le Tina One. Nous sommes donc partis au port dans l’espoir de peut être pouvoir le rencontrer. Trouver le bon bateau fut notre première mission et quand nous nous sommes dirigés vers la première personne qui attendait au port afin d’avoir quelques renseignements, Arnaud a rapidement compris que nous étions tout simplement en train de parler au fameux Eron que nous espérions croiser. Il fut d’ailleurs tout aussi surpris que nous d’entendre parler de son fils par deux étrangers et la coïncidence d’être directement tombé sur lui nous amusa beaucoup. A croire que la chance était encore une fois avec nous surtout que Eron était la personne à connaître puisqu’il nous prendra sous son aile tout du long de la traversée mais j’y reviendrai plus tard… Une fois, les problèmes de bateau réglés, nous nous sommes donc aventurés le long de la côte de Santo.

S’aventurer : verbe transitif,

Sens 1 : Oser faire quelque chose malgré les risques encourus

Sens 2 : Aller d’un point touristique à un autre, s’arrêter dans l’hôtel où le taxi nous aura déposer, jouer le rôle du pigeon.

Bref, nous avons certes été de gentils pigeons mais nous avons tout de même passé un excellent moment près de Champagne Beach, à profiter d’une plage paradisiaque et d’un petit déjeuner en bord de mer. Cependant, cette première nuit d’aventure de tourisme, nous aura servi de leçon (ou pas) et nous aurons passé la suivante comme nous en avions l’habitude. C’est à dire, dans notre tente, planté dans le jardin du principale du collège de Matevulu, à passer la soirée à discuter avec des membres de l’établissement. Là-bas, les professeurs, jardiniers, secrétaires… vivent tout comme les élèves, directement sur les lieux. Il y a donc l’internat et de l’autres côtés des petites maisons de fonction où tout un petit monde s’organise. Cette soirée fut des plus agréables, entre légumes du jardin et citronnelle, ils nous auront gâté et ce jusqu’au lendemain matin où petit déjeuner nous attendait avant que nous repartions avec l’un d’eux sur Luganville.

Le trou bleu de riri au Vanuatu par Marie M Le trou bleu de riri au Vanuatu par Marie M Le trou bleu de riri au Vanuatu par Marie M

Santo ce fut d’autres rencontres, d’autres activités ultra touristiques mais aussi une très longue attente du départ de Tina One qui aura été repoussée une fois, deux fois… trois fois. Nous en étions à nous demander si nous partirions un jour et avons donc profiter de Santo bien plus que nous l’avions prévu. Sur cette île « immense », les choses à faire ne manquent pas : les trous bleus, Millenium cave, champagne beach… et de nombreuses autres que nous n’aurons pas eu le temps de faire ou pris le temps de faire. Avec Arnaud, nous étions toujours au rythme de la Calédonie, nous prenions notre temps. Si les lieux nous plaisaient nous y passions l’après midi et non pas les dix minutes d’un demi cliché mal cadré avant de courir voir le prochain « must see » pour un énième selfie. Oui parce que moi, il me faut bien deux heures pour mal cadrer mes photos et un selfie quand on ne s’est pas vu dans une glace depuis de longs jours, il paraît qu’il vaut mieux éviter ! C’est ainsi que nous avons passé une après midi à flâner au trou bleu de Riri et qu’après quelques heures à chercher un peu de courage, j’ai joué à Tarzan en me balançant à une corde prévue à cet effet. Une autre matinée sur la plage à profiter de la quiétude des lieux et un peu de tranquillité à deux (ah non !) avant d’embarquer enfin sur le Tina One.

Le trou bleu de riri au Vanuatu par Marie M     Le trou bleu de riri au Vanuatu par Marie M

Le Tina One, l’aventure, la vraie au premier sens du terme !

Le Tina One est avant tout un bateau à marchandise mais il permet aussi aux locaux de passer d’une île à une autre au moindre frais, du moins en comparaison à ceux des avions. Les quelques blancs (vous m’excuserez du terme) qui s’y aventurent sont principalement des bénévoles ou quelques jeunes touristes en quête de bons plans pas cher. Nous avons donc embarquez au milieu des marchandises. Une fois passée l’amoncellement de bric à brac en tout genre, quelques bancs de fortune et des palettes disposées sur le sol pour les passagers. Les femmes installent les nattes, s’allongent et les bagages finissent d’envahir le peu d’espace restant. Nous avons réussi à garder un petit lieu de survit sur une palette bringue ballante avant de finalement ressortir du bateau afin de vérifier l’intégralité des bateaux. Est-il vraiment nécessaire de préciser qu’à notre retour, l’espace que nous avions trouvé était largement occupé et que nous nous retrouvions sans espace pour dormir pour la nuit qui arrivait. Nous nous sommes donc réfugiés dans la cuisine et notre esprit pirate faisait quelque peu triste mine. Cependant Arnaud prit une fois de plus la situation en main et nous avons finis par installer notre campement sous la table de la cuisine elle-même. Une fois le repas de l’équipage passé, nous étions une petite dizaine à occuper le sol de la petite cuisine. J’étais, à ce moment là, quelque peu angoissé à l’idée d’être malade et m’imaginais déjà m’extirper avec difficulté de notre « cocon » pour courir sur le pont. Heureusement, malgré les remous houleux du bateau, je n’ai pas eu à faire face à ce problème et j’ai passé la nuit peut être la plus atypique de ma courte existence.

Tina one au vanuatu par Marie M Tina one au vanuatu par Marie M

Le trajet fut aussi long que merveilleux. Nous pensions arriver après une nuit et un jour, nous avons finalement passé deux nuits à bord suivi d’une autre matinée. L’aspect merveilleux, c’était un enchainement de paysages sublimes, la présence vraiment agréable de Eron qui prit soin de nous tout du long du trajet et la rencontre de John le cuisinier. De plus, ce fut extraordinaire de voir l’équipage à l’œuvre, voir des centaines de kilos de cava portés par ces hommes courageux et toujours le sourire aux lèvres. Les 18 arrêts pour charger et décharger le bateau le long de la côte de Pentecôte après un stop sublime à l’ile de Ambae. Deux jours de croisière hors du commun qui nous offrirent une toute nouvelle approche du Vanuatu, celle de l’archipel en tant que telle, celle d’un commerce en mer qui permet de relier les îles entre elles. De plus, voyager sur un tel bateau, c’est n’avoir aucune restriction. On se balade partout ou presque et l’on peut même monter prendre le soleil là où se trouve l’antenne ; ce que nous n’avons pas manqué de faire. La deuxième nuit, nous ne l’aurons pas passé en cuisine. Nous avions installés notre bordel organisé directement sur le toit du bateau, face aux étoiles. La soirée s’annonçait belle avant que la pluie finisse par nous déloger et nous ramener sur le petit pont supérieur abriter des gouttes mais un petit peu moins des vagues… Les heures de sommeils auront beaucoup manqué et le rythme alimentaire quelque peu répétitif : riz sauce aux noodles et thon midi et soir aura eu raison de nous. Nous avons mis pied à terre dans le nord de Ambrym avec comme seul idée en tête : dormir encore et encore !

Ambrym ou l’innocence occidentale

Ambrym ne se passa pas exactement comme nous l’avions imaginé. Le passage sur cette île était l’occasion pour nous de voir un volcan. Malgré le spectaculaire volcan de Tanna, il était plus simple pour nous de plutôt passer par Ambrym qui se situe dans le Nord entre Santo et Efate, quand Tana est au Sud. Le spectacle ne serait peut être pas aussi impressionnant mais un volcan actif reste quoi qu’il arrive une source de paysages uniques. Nous voilà donc fraichement arrivé et de suite emmené dans une guest house (chambre d’hôte) par un propriétaire pas forcément des plus accueillant. A partir de cet instant-là, nous avons eu ce sentiment désagréable d’être baladé d’une personne à une autre, notre porte monnaie mis à disposition. Dès le lendemain, nous souhaitions partir à la découverte du volcan Marum. L’idée était de par la suite redescendre sur Craig Cove, la ville principale située au sud ouest d’Ambrym pour prendre le bateau ou l’avion jusqu’à Efate. La randonnée n’était pas fréquemment entreprise et depuis le cyclone Pam, nous étions les premiers à reprendre cette route. Je vous passerai les détails de la conversation quelque peu pénible que nous avons eu avec les propriétaires de cette partie du volcan. L’argent n’étant pas monnaie courante sur l’île, le tourisme est une source de revenue importante et nous avons eu ce sentiment d’être simplement un porte monnaie avant d’être des humains. Sentiment que j’ai eu durant toute la première journée de marche quand il a fallu que je tienne le rythme (échec critique) et n’ai pas vraiment eu le temps de prendre des photos. Nous étions rentrés à nouveau dans ce schéma débile d’argent rentable avant tout.

Volcan Marum à Embrym au Vanuatu par Marie M Volcan Marum à Embrym au Vanuatu par Marie M  Volcan Marum à Embrym au Vanuatu par Marie M

J’ai pourtant été rapidement consolé quand j’ai entraperçu entre deux masses nuageuses, une zone rougeoyante au fond du cratère. De la lave, de la vraie, la terre sous mes pieds était vivante et grondait. En réalité, nous n’avons pas vu grand chose mais il m’en fallut peu pour être satisfaite n’ayant jamais vu de volcan auparavant ! Nous avons peut être passé 20min dans les bourrasques de vent à espérer voir réapparaitre ce bain bouillonnant avant de redescendre au refuge en bambou où nous avons passé la nuit. La journée du lendemain fut une longue, très longue marche dans un labyrinthe lunaire. Le guide était quelque peu perdu et après avoir fait maintes fois demi tour, il finit par grimper sur une crête pour nous indiquer le chemin. Pas évident à trouver puisque le seul repère qu’il possédait dans ce désert était une petite bouteille plantée au loin sur un bâton. Les paysages autour de nous était tout simplement magnifiques et le plus spectaculaire était à venir. Nous avons finis par suivre la ligne de crête, 20 centimètres de terre friable pour mettre nos pieds et le vertige pour me tenir compagnie. Au loin, un dégradé de couleurs, du noir volcanique à l’ocre puis le vert de la végétation qui petit à petit reprend vie et le bleu de la mer, l’infini plongé dans les nuages. J’étais perdue entre la peur du vide et l’indescriptible vue qui s’offrait à moi.

Volcan Marum à Embrym au Vanuatu par Marie M  Volcan Marum à Embrym au Vanuatu par Marie M

Volcan Marum à Embrym au Vanuatu par Marie M  Volcan Marum à Embrym au Vanuatu par Marie M

Une randonnée absolument inoubliable qui se finit par un retour à la réalité quelque peu abrupte. A court d’argent, nous avions prévu de retirer de l’argent dans la fameuse ville principale où nous nous rendions afin de finir de payer le guide qui nous accompagnait, ainsi que la voiture qui finit de nous conduire à destination. Ce fut l’instant de l’innocence occidentale, j’étais en effet persuadée que je pourrais simplement me rendre à la banque et retirer un peu d’argent. Sauf que le village était quelques bâtiments en dur, un entremêlé de maisons traditionnelles et la banque ne permettait pas de retirer de l’argent avec une carte autre que celle de la banque national du Vanuatu. Nous étions donc sur Ambrym avec l’impossibilité de retirer ou autre, sans argent, sans billet d’avion ou de bateau et des dettes envers deux personnes différentes. Nous avions l’air de deux petits occidentaux stupides et naïfs ! Notre dernière solution fut l’aéroport. Nous imaginions trouver un distributeur et Arnaud partit alors avec le guide afin de régler nos problèmes. Il revint une demi heure plus tard avec un billet pris à crédit à Air Vanuatu pour le lendemain et une promesse de remboursement dès que nous arriverions à Port Vila. Nous n’avions alors qu’une envie : quitter l’île et laisser loin derrière nous ces problèmes d’argent. Avez vous déjà marché au milieu de la forêt pour vous rendre à l’aéroport ? Le tout pour trouver une petite baraque en béton au bout d’une piste d’atterrissage ? Finalement pourquoi s’encombrer de plus, une balance pour les bagages et les passagers, un petit guichet et le tour est joué ! Pendant un instant, nous avons cru avoir loupé notre avion mais quelques heures plus tard nous débarquions à Port Vila, avons retiré de l’argent et donné une enveloppe au capitaine de l’avion qui se chargerait de payer nos dettes. Au Vanuatu, la confiance est une valeur encore présente et nous savions que l’argent serait remis aux personnes en question. Ambrym était maintenant derrière nous et une part de nous n’était pas forcément mécontente, quoi que nous retiendrons avant tout ces paysages bouleversants d’un volcan encore actif.

Au revoir Arnaud

Les quelques jours qui nous séparaient du départ de Arnaud furent décisifs quant à la suite de mon voyage. Un compte à rebours mélancolique avait commencé et encore une fois j’allais dire au revoir à quelqu’un qui comptait. Faire le choix de continuer son chemin dans le Pacifique c’est accepter d’être loin de ce que l’on aime et apprendre à quitter ceux à qui ont s’est attaché. Choisir d’être seule et éponger ses larmes dans la beauté du monde.

Bref, nous voilà de retour à Port Vila. La ville sous le soleil est quelque peu plus accueillante et nous filons directement profiter d’une douche chaude à la marina. Une douche chaude et propre c’est un détail qui n’a pas de prix et maintenant je sais que dans une ville, si il y a une marina, il y a sûrement une douche quelque part mais aussi des marins en vadrouille prêt à nous accueillir sur leur bateau. C’est à ce moment là que nous avons rencontré Scott. Lassé de fréquenter une génération ou deux supérieur à la sienne, il est venu très librement vers nous engager la conversation. Quelques bières plus tard, la décision était prise, nous allions dormir sur son petit voilier. Une nuit qui s’est évidemment transformé en deux et l’occasion pour nous de tester une nouvelle fois notre pied marin. Nous étions évidemment loin du Tina One et de ses kilos de kava.

Argo au Vanuatu par Marie M   Argo au Vanuatu par Marie M

Cette fois, notre petit bateau était un monocoque d’environs 27 pieds et vieux d’une cinquantaine d’année. Retapée avec amour, je suis rapidement tombée sous le charme de ce petit voilier au doux nom d’Argo. Il ne me fallu donc que peu d’hésitation pour accepter l’offre de Scott de venir le rejoindre à Bord une fois Arnaud partit. N’ayant aucun projet pour mes deux semaines suivantes au Vanuatu, j’étais libre d’aller là où bon il me semblait. L’idée de ne parfois avoir aucun plan donne l’occasion à de très nombreux de se créer ! Une nouvelle aventure allait bientôt commencer, cependant, il était temps maintenant de dire au revoir. C’est les larmes aux yeux et le cœur attristé que j’ai laissé prendre l’avion à mon compagnon de voyage. Après tant d’aventures et de souvenirs, une nouvelle page se tournait et je faisais face à un instant de solitude profonde avant de reprendre mon courage à deux mains et de partir en mer pour bien plus longtemps que je ne l’avais imaginé.

Après notre expédition Calédonienne puis Vanuataise, le départ d’Arnaud marquait un tournant. J’étais à nouveau face à moi-même mais heureuse d’être encore au Vanuatu pour deux autres semaines. Si la Nouvelle Calédonie est un pays que j’aime profondément, le Vanuatu est un lieu où je me sentais bien plus en sécurité. De plus, j’allais maintenant découvrir la vie sur un bateau. Faites de pêche, de plages reculées, de nuits mouvementées, de mangroves, de barracudas et de poissons volants. Deux semaines loin de tout ce dont j’avais eu l’habitude de vivre jusqu’à maintenant et une formidable expérience de la vie en mer. Ces deux premières semaines auront été une première approche du pays mais je m’évadais à cet instant des sentiers touristiques et prenais du recul depuis le large. Il n’est pas forcément facile d’approcher réellement la culture de ce pays cependant le contact humain est bien plus fort. Là-bas, les hommes se tiennent par la main, les mères vous serrent dans leur bras… et les mots accompagnent cette tendresse innocente. Il n’est pas vraiment possible de se perdre puisqu’à chaque détour de chemin quelqu’un s’arrêtera pour vous aider. Le Vanuatu, c’est un pays où je ne me suis jamais sentie perdue puisque j’avais toujours une personne vers qui me tourner et quand on voyage seul, se sentir accompagner est une douceur de vivre qui rassure. Ainsi, les deux semaines qui suivaient ne m’effrayaient plus, je partais pour rejoindre Argo. Un jour, trois, une semaine, je ne savais pas encore mais j’étais certaine au fond de moi que quoi qu’il adviendrait, je serai sereine et bien entourée sur terre… ou en mer !

To be continued !

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