Cet article de voyage, ca fait un moment qu’il me trotte en tête. Il est tellement brouillon qu’il ne sait pas vraiment où il va, tout comme moi finalement… Maintenant un peu plus d’un an et cinq mois que j’ai commencé ce périple. Tous les mois, le 14, je fête mon anniversaire de voyage. Cette date est devenue plus importante que le jour de mon propre anniversaire, une renaissance ! « On ne nait pas femme, on le devient ». Ainsi partir c’est devenir. La quête de moi-même, savoir qui je suis, ce que j’aime, ce que je veux et plus facilement ce que je ne veux pas. Aller toujours plus loin pour tenter de trouver des réponses aux milliards de questions qui peuplent inlassablement mon esprit. Pour m’aider, j’ai l’écriture, mon souffle de vie. Quand je suis seule, je ne le suis pas. J’ai mes carnets, un nouveau pour chaque pays, chaque départ. Parfois, je les relis et je me vois, avec du recul. Je prends conscience de l’évolution et des biens faits de ce voyage sur moi.

Ce matin au réveil, je me suis sentie seule. Je me suis préparée mon petit déjeuner habituelle « egg on toast », une de mes inventions qui existait déjà. Puis je suis tombée sur cet article et d’un seul coup d’un seul, je me suis sentie accompagnée. Tout autour de notre petite planète, il y a d’autres femmes, d’autres filles comme moi et nous formons cette communauté. Je les ai trouvé il y a peu sur une page facebook et lire des commentaires de voyageuses, des anecdotes, des aventures, ça m’aide aussi à aller de l’avant. Je retrouve mes problèmes dans leurs mots, des solutions dans leurs propositions. Et pour aller plus loin, je vois toutes ces femmes, toutes mes amies qui même sans partir, sans aller physiquement ailleurs ont entrepris leur propre voyage, celui du « devenir ». Je les vois évoluer de loin, emménager à deux, reprendre une formation, affronter un divorce, voyager en Europe en Solo, assumer la distance, réaliser des films engagés, devenir parent, entreprendre des projets extraordinaires… comme celui de la vie. On a pris des sentiers différents, parfois le mien est appelé fuite et certains jours c’est une réalité. Je vie en décalé, ma plus grosse angoisse est de savoir où je dormirai le lendemain et parfois j’ai des amies qui me libère de cette angoisse et m’offre le confort d’un lit pour un mois entier. Ces amis, je ne les remercierai jamais assez !

Depuis l’autre côté de la planète, le plus dure est d’être loin de ceux que l’on aime. Pas un jour sans penser à eux, pas un jour sans me demander ce qu’ils deviennent et espérer qu’ils ne m’oublient pas. J’ai de la chance, la plus part comprennent que je sois loin, m’encouragent et leurs mots n’ont alors pas de prix. Parfois, je me dis que c’est aussi pour cela que je voyage, dépasser ma timidité, arriver à entrer en contact avec l’autre, arriver à trouver des amis, des gens pour le meilleur et pour le pire. Je ne suis pas douée pour ça. De plus est arrivé ce jour, où droit dans les yeux quelqu’un m’a dit « I just don’t like you » ! Et même si ça paraît ridicule, ce fut un choque. Puis je me suis rendue compte que je ne tenais pas vraiment à lui non plus, que nous n’avions rien en commun et j’ai passé mon chemin. Est arrivé ainsi, ma première leçon de voyage

Il est impossible d’aimer tout le monde et d’être aimé par tous

Nous sommes des milliards d’individus incroyablement différents et parfois il faut accepter que le contact ne passe pas, tout simplement pas. Il ne faut alors pas s’arrêter et partir à la rencontre de ceux avec qui il n’y aura pas besoin de réfléchir pour s’attacher. Et heureusement, quand je regarde en arrière, je vois aussi toutes ces merveilleuses rencontres que j’ai pu faire, toutes ces personnes pour lesquelles je me suis incroyablement pris d’amitié. Parfois, on ne se connaissait que depuis peu, parfois deux semaines, parfois un mois mais seul de l’autre côté du monde on s’attache facilement. Puis s’enchaine les départs, je ne compte plus combien de personnes j’ai vu partir… Tout ce petit monde pour la plus part rentrée en Europe et moi qui reçoit des invitations de retrouvailles à plus de milliers de kilomètres de la où je suis. L’une des parties les plus importantes de ma vie : ma famille, mes amis sont loin, très loin de moi. Je les vois vivre grâce à la technologie, capture des instants de leur quotidien sur la toile. Puis je me demande, pourquoi ai je fais le choix d’être loin de ceux qui pourtant font en grande partie mon bonheur. Je me souviens de cet instant au Vanuatu, quand je me suis connecté après deux semaines en mer et un mois et demi de vadrouille. Deux mois et pourtant, j’avais l’impression d’avoir loupé un panel de détails absolument hallucinants. J’étais alors seule, vraiment seule et il m’a fallu une dose de courage immense, pour éteindre l’ordinateur, aller me poser sur le port et me réconforter dans l’eau bleu azur de l’océan. Se rattacher à l’unicité du présent, vivre chaque minute en tant que telle car de toute façon, pour moi, le futur n’existe pas vraiment. Je n’ai pas de plans sur long terme, pas d’études qui m’offrent une échappatoire confortable et bientôt la maison de mon enfance aura elle aussi disparue. Quand, j’ai annoncé cette nouvelle à un ami, son premier réflex a été d’être désolée pour moi et je l’en remercie… Ainsi, je me suis rendue compte d’une chose : le monde entier devenait une possibilité, je n’avais plus de chez moi, j’en avais mille ! Depuis j’ai vécu en colocation à New York, sur une ile avec mes meilleurs amis, dans un backpacker avec des voyageurs du monde entier, dans un van, une voiture, une tente, un voilier… Seule, à deux, trois, quatre, cents. Dans l’une des plus grande ville du monde, dans la plus petite des chambres. Face au couché du soleil, face à la mer, à l’infini. Au pied d’un volcan, dans une communauté, dans une case et je m’étonne de ne pas encore avoir dormi à la belle étoile ! Est arrivé alors ma deuxième leçon de voyage :

 Il est impossible de savoir de quoi demain sera fait, tout change  

Si je m’accroche au futur je perds pieds, si je pense à la soirée qui m’attend ce soir, aux retrouvailles dans une semaine et demi, à l’Indonésie dans maintenant moins d’un mois alors là je vole ! Je me laisse aller sur ce qui fait ma vie au présent : l’inconnu du voyage, la surprise du lendemain, les plans qui n’existent pas et se créent alors tous les jours. Je ne peux rien prévoir, de toute façon je ne suis pas douée pour l’organisation. Louer un van et préparer un road trip me prend une éternité car je préfère parfois ne pas savoir de quoi demain sera fait. Martin Buber le dit lui même très bien : « Tous les voyages ont des destinations secrètes, dont le voyageur n’a pas conscience ». L’Indonésie est l’un de ces pays que je ne pensais pas découvrir de si tôt, pourtant dans un mois j’ai un billet allé et un petit voilier qui m’attend pour une toute nouvelle aventure. Alors quand se pose cette question du retour, je reste perplexe. Bien sûr que je ne me vois pas rentrer. Et je ne rêve que d’une chose, c’est de pouvoir continuer éternellement. Depuis que je suis partie, j’ai l’impression d’avoir eu cinq vies. Même le quotidien, même me retrouver à Wellington à travailler comme en ce moment, me paraît expérimental. Je me confronte à un style de vie que je ne connais pas et un métier que j’aurai eu du mal à continuer en France est ici une possibilité de continuer à voyager. Ce n’est pas grave puisque je suis loin, puisque mes toutes petites économies me permettront de découvrir une nouvelle culture, barouder dans des paysages magnifiques et rencontrer de nouvelles personnes. Au fur et à mesure des mois qui passent, je rencontre des voyageurs à plus ou moins long terme. J’écoute leur récit et je rêve à nouveau de destinations inconnues. Si je m’écoutais, j’irai sur toutes les îles du Pacifique… Certains jours, comme ce matin, les réveils ne sont pas facile, je cherche un repaire rassurant mais n’en trouve pas forcément. Je cherche mes amis de toujours et ne les retrouves que via internet. Parfois, j’ai peur, je ne sais pas où je vais et je m’inquiète. Dans notre société, une carrière est une vie, un métier avant tout et parfois je me demande si je retrouverai le mien. Je vois des photos de tournages, des projets qui se réalisent sans moi et je me demande alors si je continue de prendre les bonnes décisions. Si mon chemin est vraiment le bon. Heureusement, il ne me faut rarement longtemps pour me convaincre.

Je regarde mes photos de voyages, prends un café avec une amie, fait des plans pour en retrouver d’autre et surtout me rends compte de tout ce que j’ai pu entreprendre en un an et cinq mois. Je me suis dépassée, j’ai fais des choses dont je ne me pensais pas capable. Des milliers de kilomètres en stop et une partie absolument toute seule. Des nuits chez des inconnues, du couchsurfing à l’invitation spontanée par ceux qui me prennent en stop. Des kilomètres de rando, des dénivelés qui me paraissaient insurmontables vu mon niveau exécrable et mon souffle court. 10 jours de méditation sans parler ni même écrire. Deux semaines sur un voilier à faire connaissance avec un monde que je ne connaissais absolument pas, le tout en anglais. J’ai un papa tahitien et des amis qui viennent de la terre entière. Je me suis reconstruit un monde loin du mien qui me manque. Je voudrais alors avoir le temps de tout faire, tout voir mais le temps passe, l’argent diminue et parfois il faut savoir faire des concessions. Arrive ainsi ma troisième leçon de voyage :

Il est impossible de tout faire, tout voir, tout vivre

Déjà pour des raisons matériels et physique tel l’argent et le temps mais aussi car je reste une humaine avec ses propres limites et peurs. Malgré le faite que je ne supporte pas être limité par mes craintes ou mon corps parfois il est aussi essentiel de savoir s’écouter. Se brusquer mais pas non plus s’user inutilement. Alors je voyage à mon rythme et si parfois je diminue mes attentes la plus part du temps je finis toujours par être satisfaite. Mettre derrière soi les regrets puisqu’il n’apporte rien de constructif et voir ce qui pourrait être fait différemment par la suite. Apprendre de ses erreurs et en un an et cinq mois, j’en aurai fais de très nombreuses. Dès le départ je me suis encombrée d’un surplus matériel qui maintenant me pèse. Cependant, les plus douloureuses restent les erreurs humaines, celle qui nous confronte à l’autre et finalement à nous-même. Aurai-je du créer de la distance dès le début ? Pourquoi je me suis aventurée dans une histoire dont je savais la fin douloureuse ? Ai je eu raison de la suivre et de lui faire confiance ? Se confronté à l’autre et la multitude de cultures dont la terre est faite, appréhender la différence, c’est se mettre face à soi-même et comprendre un peu plus profondément qui l’on est. Voyager est pour moi, la meilleure façon d’élargir mon esprit et aussi l’évidence même que je ne suis pas assez ouverte car parfois inlassablement certaines cultures, comportements me dépassent.

Voyager est aussi l’affirmation même de mon féminisme en devenir. Je vois le monde, écoute des récits, découvre comment certaines femmes vivent et parfois je ne pense qu’une chose c’est que finalement le 21ème siècle est encore beaucoup trop en retard. Je m’effraie de la mentalité de certain(e)s et me scandalise quand j’entends certains discours qui me paraisse sortis d’outre tombe. On parle fièrement de pays civilisé mais parfois c’est un surplus de technologie et de la surconsommation qui vient écraser notre humanité. Je m’étonne encore de devoir avoir peur d’être seule au féminin, d’être bloquée par ma seule condition de femme et ne supporte pas de m’interdire d’être seulement pour ce que je suis. Et au grand malheur, si vous avez l’idée de me dire que faire du stop est plus facile parce que je suis une fille et tout autant si vous me suggérer de ne plus en faire parce que… je suis une fille ! L’incohérence de notre monde en est tout simplement là ! Heureusement, voyager m’a aussi permis de rencontrer toutes ces magnifiques personnes qui se donnent à temps pleins pour changer les choses, petit à petit, à leur manière mais qui essaye chaque jour. De la permaculture à l’esprit communautaire en passant par le voyage humanitaire. J’apprends chaque jour et tente aussi de modifier mon comportement même si ce n’est pas forcément évident. A moi maintenant d’essayer de guider mon voyage vers des possibilités plus humaines et généreuses.

Voilà maintenant presque un an que je suis en Nouvelle Zélande et mon visa touche à sa fin.Quelle sensation étrange que de devoir quitter un pays où j’aurai construit tellement de choses. Wellington, malgré son vent capricieux et son rythme de vie un peu onéreux aura été ma maison, mon refuge dans ce magnifique pays et devoir dire au revoir à cette ville et surtout ceux qui l’habitent est un lourd pincement au cœur. Comme chaque départ, c’est une page qui se tourne mais avant tout un nouveau carnet qui s’apprête à être ouvert avec de nouvelles péripéties et rencontres et des mots qui m’amèneront toujours un peu plus loin. Ne pas savoir de quoi demain sera fait est aussi excitant qu’effrayant mais je sais qu’avant de quitter ce pays trois semaines formidables m’attendent. Trois semaines que j’attends depuis maintenant un an et cinq mois et qui seront, je le sais inoubliable.

C’était mon article de voyage mais celui-ci étant loin d’être finis, je reprendrais sûrement le temps de faire le point. Je n’aurai certainement pas eu besoin d’aller si loin pour apprendre ces leçon mais chacun entreprends sa vie à sa façon et pour l’instant, j’espère que mes décisions continueront de me porter vers un inconnu extraordinaire. Je sais maintenant que là où il y a de la différence il y a une possibilité de s’ouvrir et attends avec impatience la suite. Et même si la suite pour l’instant est un simple café sur le waterfront de Wellington, je sais que sous ce soleil radieux rien ne paraitra plus agréable que quelques détails bien choisis. Je rêve de la compagnie de ma famille ou de mes amis mais être seule m’a aussi appris que je m’entends bien avec moi-même et qu’il m’en faudra peu pour me faire rire. Je vous souhaite donc à tous une journée aussi simple et agréable et espère pouvoir vous revoir bientôt, avoir de vos nouvelles ou un aperçu de votre voyage du « devenir » ! Chez soi ou de part le monde, la vie d’elle même nous fait voyager alors apprenons à la suivre et à en profiter !

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